Du 16 au 19 juin 2026 s’est tenu le troisième séminaire annuel du projet-ciblé FORESTT-HUB, lui-même partie intégrante du programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) FORESTT, lancé en septembre 2024. Conçu sous un format hybride, avec deux journées d’échanges ouvertes au reste du programme, et deux autres journées réservées aux membres du projet FORESTT-HUB, ce séminaire a constitué une étape importante pour soutenir les ambitions du projet.
Rappelons que le projet-ciblé FORESTT-HUB a été construit comme un « hub intégratif et de formation » (Plomion et al., 2023) visant à répondre au besoin de concevoir des chemins de transformation pour faire évoluer la société vers une gestion plus durable des écosystèmes. Le FORESTT-HUB tente ainsi d’articuler et de faire dialoguer les connaissances provenant de différentes disciplines et parties prenantes, et de fournir une orientation scientifique aux débats et politiques liés à la forêt. Ses quatre grands axes de recherche sont la prospective, les Living Labs forestiers, l’analyse des changements socio-écologiques liés à la forêt, et le développement d’une génération de professionnels de haut niveau (gestionnaires, techniciens, ingénieurs, chercheurs, enseignants) en capacité de répondre aux attentes de la société en matière de gestion responsable des forêts. Ces différents axes de travail ont tous été discutés au cours de ce troisième séminaire.
Rappelons également que le projet a une vocation transversale au sein du programme FORESTT : il joue le rôle de plaque tournante intégrative entre les résultats et connaissances produits dans les autres projets du programme, tout en mettant en œuvre une recherche originale sur des questions transversales. Si les deux premières années du FORESTT-HUB ont permis à sa communauté scientifique de se consolider et de préciser ses axes de travail, ce troisième séminaire a cherché à tisser des liens plus étroits avec les recherches menées par ailleurs dans le programme FORESTT. Ainsi les travaux menés par le LESSEM, laboratoire INRAe, sur les facteurs de blocage de la régénération forestière en forêts alpines, au cœur du projet-ciblé REGE-ADAPT, ont pu être présentés par, et discutés avec, l’un de ses coordonnateurs, Georges Kunstler. Au-delà de cette visite de terrain, la participation de membres d’autres projets a permis la mise en dialogue des travaux à l’échelle du programme. Les présentations et échanges de la première journée, autour de l’étude des trajectoires forestières futures et de la place que pourrait ou devrait y occuper la modélisation, ou autour de la portée normative ou critique de plusieurs concepts clés mobilisés dans le champ forestier, devraient désormais résonner plus largement à l’échelle du programme FORESTT.
Ce séminaire de recherche a également permis aux participants de découvrir et discuter plus spécifiquement les enjeux associés aux forêts alpines. Co-organisé par l’Université Grenoble Alpes (UGA) et la Chaire Forêts alpines en transition – en lien avec le GIP ECOFOR, structure coordinatrice du FORESTT-HUB – il les a amenés, lors d’une demi-journée de terrain au cœur de la chaîne de Belledonne, à saisir plus concrètement les activités de gestion et de concertation menées par divers acteurs du territoire grenoblois afin de répondre à certains défis locaux : mieux gérer les flux d’activités de pleine nature via la structuration de « camps de base », ou mieux sensibiliser les publics à la gestion forestière. Sur ce dernier point, notons le rapprochement intéressant effectué en forêt de Theys, dans le Grésivaudan, entre sensibilisation des habitants du territoire et du grand public à la gestion forestière par l’ONF, et formation des futurs professionnels de la forêt aux enjeux de renouvellement forestier par Benoît Courbaud, enseignant-chercheur à l’Université Grenoble Alpes, grâce à la présentation de leurs expérimentations respectives menées autour du martéloscope.
Parmi les avancées scientifiques notables, notons l’exploration fine de certains concepts actuellement très mobilisés dans le champ académique comme dans les champs médiatique ou politique, pour certains y compris au-delà du secteur forestier. Une profondeur réflexive nécessaire a ainsi été apportée à des notions comme dégradation, dépérissement, multifonctionnalité, irrégulier, socio-écosystème, ou résilience. Inscrite en première ligne des ambitions de FORESTT la « résilience » des forêts a aussi été explorée au prisme de la prospective forestière : une étude de la Fondation PSL a permis de montrer que le terme, associé à l’idée d’une non-linéarité et d’une incertitude croissante dans le temps, est spécifiquement présent dans la littérature sur le futur des forêts, elle-même largement guidée par la question climatique. Il est aussi nettement plus souvent associé à des méthodes quantitatives de recherche, justifiant des éléments de réflexion apportés par ailleurs sur les complémentarités et limites entre modélisation et prospective. Dans la lignée des travaux présentés lors du colloque Forêts et sociétés : dialogues interdisciplinaires les 12-13 novembre 2025 au Muséum d’histoire naturelle de Paris, le séminaire est aussi venu interroger plus en profondeur le rôle des sciences du passé pour penser les futurs forestiers. A été mise en lumière la diversité des regards qui peuvent être apportés sur le passé forestier – qui dessine, en miroir, la diversité des projets qui peuvent être pensés pour l’avenir, même si les crises multiples semblent rendre celui-ci de plus en plus indiscernable.
Après l’annonce en décembre dernier d’une vague de dix Living Labs forestiers qui seront accompagnés dans le cadre de FORESTT, le séminaire a également permis de poursuivre la réflexion sur le rôle des chercheurs dans le développement et l’accompagnement de ces dispositifs. Conduit dans les Alpes, il a évidemment rendu plus concrètes aux participants les réalités vécues dans le cadre du Living Lab Forêts alpines (LLFA), dont l’une des spécificités est d’être conduit à une échelle géographique assez large, entre Isère et Hautes-Alpes. Les enjeux rencontrés résonnent en partie avec ceux rencontrés dans le cadre du Living Lab Forêts pyrénéennes (LLFP) en gestation, lui aussi ancré dans un territoire de montagne et porté par la recherche. D’après une description des opportunités et contraintes rencontrées par ces deux initiatives, différents éléments, associés à la stratégie des porteurs de projets ou à la gouvernance multi-niveaux des Living Labs forestiers dans le cadre d’un réseau, ont été discutés et devraient permettre, d’ici à la fin du programme, une riche réflexion sur ce concept et les réalités qu’il recouvre.
Enfin, de nombreuses heures d’échanges et de présentations ont été consacrées à la question de la formation, à différents niveaux. Ont d’abord été discutés les dispositifs construits ou à construire au bénéfice des doctorants et doctorantes de FORESTT et d’ailleurs. Au-delà des séminaires de recherche financés au moins en partie dans le cadre du programme (Global Forests et les Doctorales de la forêt, dont les prochaines éditions auront lieu respectivement début octobre 2026 et début mars 2027), les échanges ont insisté sur la pertinence de soutenir un dispositif qui serait porté en autonomie par ces derniers, avec pour enjeu de dépasser les contraintes qu’imposent la structuration de la recherche en France et les inéluctables dissymétries à l’œuvre dans la conduite de la recherche en thèse. Ont ensuite été présentés les travaux sur l’activité d’enseignement et la place que peut y occuper l’interdisciplinarité, qui sont actuellement menés dans le cadre d’un réseau d’expérimentations pédagogiques construit autour de formations de niveau master (dont l’expérimentation autour du martéloscope menée par Benoît Courbaud à l’UGA, susmentionnée). Ceux-ci devraient prendre encore plus d’ampleur avec le début d’une thèse sur ces enjeux en fin d’année 2026, menée à Toulouse dans le cadre du projet TIRIS. Enfin, deux jeux ont été testés au cours des trois jours : un jeu d’Uchronie pour sensibiliser aux trajectoires passé des socio-écosystèmes, et le jeu Sylv’Agora dans une version courte destinée aux professionnels.
Références :
Christophe Plomion, Arnaud Sergent, Catherine Bastien, Meriem Fournier, Hervé Jactel, et al.. FORESTT - FORESTs and global environmental changes: social-ecological systems in Transition. ANR (Agence Nationale de la Recherche - France); France 2023 Programme de recherche Résilience des Forêts. 2023. ⟨hal-04503573⟩